ogre


ogre

ogre , ogresse [ ɔgr, ɔgrɛs ] n.
• v. 1300; fém. 1697; altér. prob. de °orc, lat. Orcus, nom d'une divinité infernale
Géant des contes de fées, à l'aspect effrayant, se nourrissant de chair humaine. L'ogre et le Petit Poucet. Loc. fam. Manger comme un ogre, avoir un appétit d'ogre : manger beaucoup ou goulûment. « Elle se jeta dessus avec un appétit d'ogresse » (Flaubert). Allus. hist. L'ogre de Corse, surnom donné par les royalistes à Napoléon (dont les guerres « dévoraient » la jeunesse française).

ogre nom masculin (altération du latin Orcus, nom d'une divinité infernale) Géant des contes de fées qui, selon la tradition, se nourrit de la chair fraîche des enfants. Littéraire. Homme méchant, cruel. Familier. Glouton, grand mangeur. ● ogre (expressions) nom masculin (altération du latin Orcus, nom d'une divinité infernale) Manger comme un ogre, avoir un appétit d'ogre, manger excessivement ou gloutonnement.

ogre, ogresse
n. Géant(e) mythique (légendes, contes de fées), avide de chair humaine. Syn. (Maghreb) ghoul.
Loc. Manger comme un ogre, énormément.

⇒OGRE, OGRESSE, subst.
A. —Personnage mythique apparaissant dans les légendes et les contes, où il est représenté comme un(e) géant(e) effrayant(e), avide de chair humaine, en particulier de celle des petits enfants. On récite qu'autrefois la dame de ce haut château était une ogresse qui mangeait les enfants comme on fait des agneaux ou des cabris (POURRAT, Gaspard, 1922, p.118):
1. La Picarde pouvait indéfiniment recommencer le conte où ce héros substitue les couronnes des filles de l'Ogre aux bonnets de ses soeurs endormies, les sauve ainsi du monstre. C'était une joie sans limites et toujours nouvelle d'apprendre qu'il dérobait les bottes de sept lieues au sommeil du géant, et s'en servait ensuite pour le bafouer.
ADAM, Enf. Aust., 1902, p.32.
Au fém. Épouse de l'ogre:
2. —Va-t'en, petit, répondit la femme, ou mon mari te mangera. Mais n'est-ce pas toi qui es venu ici déjà, il y a quelque temps? Sais-tu que ce jour-là, justement, mon mari a perdu l'un de ses sacs d'or? —C'est étrange, madame, dit Jacques. Je suis sûr que je pourrais vous expliquer ce qui s'est passé. (...) Ces paroles excitèrent tellement la curiosité de l'ogresse qu'elle fit entrer Jacques et lui donna quelque chose à manger.
Jacques et le haricot géant ds G. GIRAUDIN, J. VIGO, L'Oiseau-lyre, Paris, Hachette, 1978, p.28.
P. compar. [En parlant d'un être hum.] Avoir un appétit d'ogre; dévorer comme un ogre. Manger avec excès ou goulûment. Christophe s'extasiait la bouche pleine, et mangeait comme un ogre; il avait la capacité formidable de son père et de son grand-père, qui eussent englouti une oie entière (ROLLAND, J.-Chr., Révolte, 1907, p.570):
3. Sans doute, on pouvait reprendre dans le dîner deux ou trois petites choses par-ci par là; et cependant les convives s'étaient gorgés comme des ogres, preuve qu'il n'était pas si mauvais.
FLAUB., Bouvard, t.1, 1880, p.53.
B.P. anal.
1. Personne vorace:
4. Les Anciens étaient fort sages, qui faisaient suivre les funérailles de repas abondants en viandes, copieux en vins (...). J'aimerais en ce moment accomplir ce rite philosophique très idoine à sécher les pleurs. —En d'autres termes, dit Blazius, tu voudrais manger. Polyphème, ogre, Gargantua, Gouliaf, tu me dégoûtes.
GAUTIER, Fracasse, 1863, p.156.
2. Personne que l'on redoute
a) à cause de sa cruauté. Victoire Delamour (...) était une jeune personne douce, bien élevée, sortant du couvent, et toujours maladive, lorsque cet ogre de Saint-Just arriva à Molinchart (CHAMPFL., Bourgeois Molinch., 1855, p.45).
En partic. [P. allus. au fait que les guerres menées par Napoléon 1er décimaient la jeunesse] L'Ogre (de Corse). [Surnom donné par les royalistes à Napoléon 1er]. D'autres (...) faisaient des voeux pour que le petit caporal, l'ogre, le prisonnier, abordât les côtes de France (CHATEAUBR., Mém., t.2, 1848, p.550). Monsieur de Lessay (...) était entré dans la conspiration de Georges contre le Premier Consul; l'instruction l'ayant ignoré ou méprisé, il ne figura pas parmi les accusés; il ne pardonna jamais cette injure à Bonaparte, qu'il nommait l'ogre de Corse (A. FRANCE, Bonnard, 1881, p.390).
b) à cause de son aspect effrayant ou intimidant. Jeanne, souriante, regardait ce bon géant qu'on disait un ogre au seul aspect de ses moustaches (MAUPASS., Une Vie, 1883, p.148):
5. YVONNE: Elle se cache? MICHEL: Enfin... elle a peur de la famille. YVONNE: Nous ne sommes pas des ogres. MICHEL: (...) Il est bien naturel que Madeleine ait le trac.
COCTEAU, Parents, 1938, II, 6, p.243.
3. [Avec un compl. prép. introd. par de ou un adj. précisant la cause] Personne qui contrarie le bon goût, les idées reçues ou qui constitue une menace. Ces grands bourgeois de lettres (...) s'approchent à pas comptés de l'ogre bolcheviste avec force salamalecs (MAURIAC, Journal 1, 1934, p.83). Elles étaient trois qui avaient accepté pour continuer à soigner les malades d'abandonner le vêtement religieux. Que pensaient-elles de cet ogre d'impiété qu'était Barbentane? (ARAGON, Beaux quart., 1936, p.147).
4. Arg., empl. subst. fém. Femme qui exploite des prostituées; tenancière d'un établissement mal famé. L'Ogresse alors est, pour la fille (...) une seconde providence; elle lui loue, moyennant trois ou quatre francs par jour, une toilette qui peut bien valoir (...) de 30 à 40 francs, et que la pauvre fille garde quelquefois des mois entiers (VIDOCQ, Voleurs, t.1, 1836, p.297). Tranquille, elle [l'hôtesse] fume (...) en promenant de table en table son sourire de bonne ogresse (COLETTE, Music-hall, 1913, p.234).
Prononc. et Orth.:[], fém. [-]. Att. ds Ac. dep.1740, le fém. dep. 1835. Étymol. et Hist. 1. a) 1181-90 «païen féroce» (CHRÉTIEN DE TROYES, Perceval, éd. F. Lecoy, 5964); ca 1300 «géant des contes de fées, représenté comme se nourrissant de chair humaine» (Corresp. entre Pharamond et Meliadus ds R. Lang. rom. t.35, 233, 108); 1697 ogresse «fille d'ogre» (Ch. PERRAULT, Le Petit Poucet, p.210); b) 1740 il mange comme un ogre (Ac.); 1819 ogre «personne qui mange beaucoup» (BOISTE); 2. 1740 «personne méchante qui fait peur» (VOLTAIRE, Lettre Cideville, 5 mai ds LITTRÉ). Prob. altération, par métathèse du -r- due peut-être à l'infl. de mots tels que bougre, de orc, du lat. Orcus «nom d'une divinité infernale» puis «les enfers» eux-mêmes (cf. ital. orco «croque-mitaine», sarde orcu «démon», cat. orc «personne gênante» qui font préférer l'hyp. lat. Orcus à celle de REW3, 6048 qui fait remonter le mot à Hongrois, à cause des dévastations des Hongrois (Hongres, Oïgours) dans l'Occident au Moyen Âge). Hyp. aussi appuyée par un sermon prononcé par saint Eloi et dirigé contre les superstitions païennes ; il interdisait d'évoquer quatre dieux romains: Neptune (lutin), Orcus, Diane (a. fr. gene «sorte de fée malfaisante»), Minerve. Au XVIIe s. on trouve aussi ogrine pour ogresse (1694, GHERARDI, Théâtre it. ds DG). Fréq. abs. littér.:163.
DÉR. 1. Ogrerie, subst. fém. OEuvre littéraire où apparaissent des personnages cruels ou effrayants. Nous voilà donc toujours frappant à la porte du bourreau (...). Quel épisode pour un de ces romans qu'on faisait il y a quelques années! Mais le temps n'est plus de ces ogreries littéraires (NERVAL, Lorely, 1852, pp.62-63). []. 1res attest. 1845 «caractère d'un ogre» (BESCH. Suppl.), 1852 ogreries littéraires (NERVAL, loc. cit.); de ogre, suff. -erie. 2. Ogresque, adj. Qui tient de l'ogre. À toutes les époques où de grandes batailles ont lieu entre les masses et le pouvoir, le peuple se crée un personnage ogresque, s'il est permis de risquer un mot pour rendre une idée juste (BALZAC, Cath. de Médicis, Introd., 1843, p.6). []. 1re attest. 1843 id.; de ogre, suff. -esque.
BBG. —HUET (G.). Ogre dans le Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Romania. 1908, t.37, pp.301-305. — MIGL. Nome propr. 1968 [1927], p.314. — SAIN. Arg. 1972 [1907], p.95, 173; Sources t.1 1972 [1925], p.265; t.3 1972 [1930], p.111, 534.

ogre, ogresse [ɔgʀ, ɔgʀɛs] n.
ÉTYM. 1300; « féroce », v. 1175; fém. en 1697; ogrine, XVIIe; altér. probable de orc, du lat. Orcus, nom d'une divinité infernale.
1 Personnage des contes de fées, géant à l'aspect effrayant, se nourrissant de chair humaine (→ Fisc, cit. 2, par métaphore).
1 L'Ogre avait sept filles, qui n'étaient encore que des enfants. Ces petites Ogresses avaient toutes le teint fort beau, parce qu'elles mangeaient de la chair fraîche, comme leur père (…) Elles n'étaient pas encore fort méchantes; mais elles promettaient beaucoup, car elles mordaient déjà les petits enfants pour en sucer le sang.
Ch. Perrault, le Petit Poucet.
Loc. fam. Manger, dévorer comme un ogre.Vorace comme un ogre.Appétit d'ogre.Repas à étouffer un ogre (→ Estomac, cit. 5).
2 Elle se jeta dessus avec un appétit d'ogresse (…)
Flaubert, l'Éducation sentimentale, III, IV.
3 Tous deux mangèrent comme des ogres, avec un appétit de vingt ans, en camarades qui ne se gênaient pas.
Zola, Nana, VI.
Par ext. Très gros mangeur.
2 Fig., vieilli. Personne méchante, sans pitié. Cannibale. || Chez Molière, un père c'est un ogre, un geôlier (cit. 5, Gautier). — ☑ Allus. hist. L'ogre de Corse : surnom donné par les royalistes à Napoléon Ier (dont les guerres « dévoraient » la jeunesse française).
4 Sans les romans qu'elle (la Thénardier) avait lus, et qui, par moments, faisaient bizarrement reparaître la mijaurée sous l'ogresse, jamais l'idée ne fût venue à personne de dire d'elle : c'est une femme.
Hugo, les Misérables, II, III, II.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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